[Outrospection] Souris et Crache moi dessus.

Je travaille, je sors, je vois mes potes, leurs copines, les amis de mes amis. Je suis un animal social. Depuis quelques temps ceci dit, j’ai un peu de mal à déglutir ou à parler en public. Je me suis dit que j’avais du choper une allergie particulière.

Il se trouve que les marques sur mon cou ne laissent planer aucun doute. Je les ai retrouvées un peu partout sur mon entourage. Les traces de la laisse de l’Hypocrisie.

Il faut savoir que je porte assez fièrement cette remarque venant de mes amis: « Triice, tu es un type sympa, et tout et tout, mais il t’arrive de manquer de tact, franchement, parfois tu ne respectes rien! »

J’ai toujours en effet privilégié la franchise, bon, parfois de manière un peu trop brute, à ce consensus silencieux qui consiste à afficher un sourire crispé sensé sceller quelque parole désagréable mais ô combien sincères.

Mais comment réagir, je vous le demande, quand la petite amie d’un de vos amis, prunelle de ses yeux, livre de sa table de chevet et autres appellations à dormir debout, est une tête à claques à part lui faire la bise et lui demander comment était sa journée de boulot?

Que dire, lorsque vous savez que les premiers mots qui pourraient s’échapper de votre bouche en faisant connaissance avec « un super pote qu’il faut absolument que je te présente » sont « J’aime pas ta gueule »?

C’est généralement à ce moment là que je ressens la caresse de cette bluffeuse d’Hypocrisie.

A un moment ou un autre il faut se faire une raison. La franchise, l’honnêteté et Francky Vincent ne sont plus les bienvenus en soirée. Place à l’hypocrisie et David Guetta (non, il n’y a pas de rapport). Et le départ des uns pour l’arrivée des autres n’est pas forcément signe d’amélioration, bien que dans le cas de Francky Vincent il soit difficile de faire pire…

Depuis que je me suis fait poser ma laisse de faux cul je ravale ma bile plus facilement, avec le sourire! Mes rires paraissent presque authentiques et je me suis surpris à faire des compliments vraiment émouvants…

Peut être que certains d’entre vous me liront et commenceront à se dire: « Rhoo vraiment il exagère, c’est méchant, moi personnellement je ne suis pas comme ça… » Ces personnes sentent-elles en ce moment même une démangeaison autour du cou?

Je ne jette la pierre à personne, je le précise. Bien que réprouvée, l’hypocrisie est nécessaire.
Nécessaire pour éviter les conflits.
Nécessaire pour ne pas se froisser avec certains amis.
Nécessaire pour garder un emploi.
Nécessaire à une vie sexuelle épanouie, surtout après une soirée entre amis…

Combien d’entre nous ne se sont pas déjà retrouvés dans un groupe à supporter les blagues à s’ouvrir les veines du trublion de service, à sourire à celles ci pour être dans le ton alors que vous lui criiez télépathiquement « Ta gueule, t’es nul!! » ?
Il est difficile d’admettre que l’on puisse être une personne hypocrite ne serait-ce qu’un tant soit peu, à moins de déjà se savoir d’un naturel sournois et fourbe.

Et pourtant!

A l’école, le problème se pose pas, ou beaucoup moins. Il est encore possible d’éviter les personnes que l’on n’apprécie pas. Je ne t’aime pas, je ne te parle pas. Tu ne me calcules pas, tout le monde est content.
Avec l’arrivée du monde professionnel la donne change. On évolue au quotidien avec des individus qu’on n’apprécie pas forcément et l’option « Casse toi pauv’ con! » n’est sans conséquence que si l’on se trouve déjà tout en haut de la chaîne alimentaire.

Le cas m’est arrivé. Un de mes supérieurs, qui j’en suis sûr ne se reconnaîtra pas, était l’archétype du gars que tu ne gifles pas que grâce à la certitude que, passé un moment de joie intense et sauvage, il ne t’arrivera que des ennuis pour ce geste (mal)heureux.

Au final, plus on est amené à côtoyer ses pairs, dans le cadre privé ou professionnel, plus il devient impératif de cohabiter avec une hypocrisie bon teint. Nous connaissons tous la règle du jeu. Ne sommes nous pas tous tombés dans des soirées, des moments de vie où, en apparence, tout va bien tout en sachant que les deux sur la gauche ne peuvent pas se sentir, que Machin a vraiment foiré sa coupe ( » Tu es superbe! Nooon ça te va très bien! »), que Gwendoline a vraiment pris du poids (« Tu as grossi? Je ne trouve pas, ça se voit à peine! ») ou encore que Pierre-Louis qui est en face de vous au bureau a vraiment une haleine meurtrière et qu’il ferait mieux de la boucler si c’est pour avoir l’air aussi con (« Ah ah, sacré Pierrot ! ») ?

On ne fait jamais l’unanimité et il est possible qu’un jour on se croise et même qu’on ne s’apprécie pas du tout. Mais alors, pas du tout! Alors à toi, cher lecteur qu’un jour je croiserai peut être, sache que je ne t’en veux pas. Je connais ton supplice, fais comme moi. Quand on se croisera, fais comme d’habitude: Souris puis crache moi dessus.

 

Triice, spécialiste en relations publiques.

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6 Réponses to “[Outrospection] Souris et Crache moi dessus.”

  1. Ledock 8 mai 2011 at 23 h 01 min #

    Un article malheureusement plein de vérités.. d’autant plus que je sors d’une fin de semaine ou la dame hypocrisie je l’ai fait tourner à plein régime
    Heureusement que je suis un putain de pervers, menteur, manipulateur, calculateur, drogué et alcoolique sinon je sais pas comment je ferais pour avoir un semblant d’équilibre psycho.

    Hum.. No wait. J’arrête.

    Il est temps d’assumer mon tempérament de gros mysanthrope à la tête grainée. A partir de demain c’est No mytho.

    Puis j’ai pas masse d’amis à froisser, pas d’emploi, pas de conflit à gérer et une vie sexuelle aussi tripante qu’une blague carambar.

    It’s gonna be simple

  2. Fred. 11 mai 2011 at 12 h 55 min #

    Comme dis précédemment, article malheureusement/heureusement (je vous laisse choisir) pleins de vérités…
    C’est simple, la vie est loin d’être le monde des bisounours, c’est un vrai champs de bataille où l’hypocrisie n’est qu’une arme parmi tant d’autres… Que dire des autres armes diaboliques diaboliques telles que la manipulation, l’influence, l’intimidation, la négociation, … je vous laisse compléter cette longue liste.

  3. Antho 11 mai 2011 at 21 h 59 min #

    Tout est bien dit et bien présenté sans flagornerie aucune (quoique il est normal d’en douter).
    Beaucoup de vérités de la part d’un connaisseur en relation publiques. Fort justement appelé « the King » ici et (surtout) ailleurs…peut être grace à son sourire ravageur !
    Cette hypocrisie a bien des défauts certes, mais la vérité pleine et entière en à aussi d’autres. La juste communication doit donc prendre en compte à qui l’on s’adresse.

    « L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus. » Cette référence n’est pas de Francky Vincent, car j’ignorais avant ce texte qu’il pouvait en être une.
    Déja au 17e siècle l’hypocrisie était à la mode selon Molière.
    Les époques passent, les coutumes restent…

    Je m’arrete…ma laisse m’étrangle presque
    A+

  4. Astico24 18 mai 2011 at 16 h 51 min #

    Je me souviens avoir lu une phrases un jour qui définissait l’hypocrisie tellement bien sur notre cher facebook alors je vous l’a fait partager.

    L’hypocrisie peut se comprendre comme une apparence, un mensonge, un déguisement fait à tromper l’autre afin de simuler un état qui n’est pas le reflet de la réalité. Or si l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu c’est dans le sens où la vertu étant difficile à obtenir et à développer ainsi qu’à soutenir, il est nécessaire alors pour passer pour vertueux de se draper du voile de la vertu pour recouvrir son vice…

    En effet comme tu l’as si bien dis l’hypocrisie est partout même dans la bouche de celui qui se prétend des plus honnête (le comble)

    Sans elles la vie n’existerait pas ou serait bien triste. La vérité aussi est pleine de défauts selon le contexte.

    En tout cas je tire ma révérence a ce cher vagabond pour ses articles plus surprenants les uns que les autres

    ++

  5. Kaeso 25 mai 2011 at 18 h 57 min #

    Pour ma part, l’hypocrisie dans mon comportement et dans mes paroles trace la limite entre les gens qui comptent et ceux qui ne comptent pas. L’honnêteté et la franchise sont de pratique fatiguante. Mais ça n’a jamais empêché de passer de bonnes soirées!!

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