[Outrospection] Le dilemme de l’arrêt de bus.

J’ai une drôle de manie. Je suis peut être le seul. Peut être pas. Mais bon, j’ai cette manie. J’établis des « théorèmes » pour tout et n’importe quoi. Peut être est ce dû à mon parcours scientifique… Peut être aussi, est ce dû à mon habitude des débats de comptoir sur des sujets à la con avec des inconnus à barbe portant le nom de Jésus…

Toujours est il que j’ai pris l’habitude d’établir des stats, des comparatifs sur des sujets ne servant strictement à rien comme la fermeté de la fesse d’une femme en levrette, en fonction de son ethnie. Par exemple. Sujet cocasse auquel plus d’hommes que je ne peux le dire ont participé. Vous ne pouvez imaginer à combien de malheureux mecs casés je pourrais créer des problèmes si je révélais les propos de ces types de conversations. Mais je m’égare.

Vous connaissez ce moment où les chemins se séparent. Où il faut faire un choix dans sa vie. Comme celui où vous vous réveillez à côté de la femme avec qui vous avez partagé la nuit, avec une érection pleine de promesse, et que vous hésitez à placer une biffle au réveil, la première de votre jeune relation,  histoire de dire « coucou! », parce que vous savez que si vous le faites, rien ne sera plus comme avant. Je connais cet instant sous le nom du « dilemme de l’arrêt de bus ».

Comme toujours, derrière toute théorie avec un nom à la con se cache une anecdote.

Pressé une fois de plus, je m’étais démené pour me pointer à mon arrêt de bus dans les temps. Je fais en effet partie de ces emmerdeurs  qui s’entêtent à ne pas posséder le permis. Et que vous retrouvez généralement à dormir à l’arrière de votre voiture sans vergogne après une bonne soirée. J’étais donc en train d’attendre ce putain de bus qui avait maintenant 5 min de retard et commençait à devenir problématique.

Généralement dans cette situation il existe deux possibilités.

La première, quand on constate que le bus n’est toujours pas arrivé, probablement juste pour le plaisir de nous emmerder, consiste à envisager la marche à pied qui parait encore raisonnable pour être à l’heure. Le risque, réel, serait de voir le bus débarquer à un moment où il est trop tard pour revenir sur ses pas et le voir nous dépasser tranquillement. Ce gros bâtard.

La seconde possibilité serait d’attendre le bus. Qu’il arrive dans la minute et clôture ainsi ce moment gênant ou alors qu’il soit bel et bien en retard, voire supprimé et que l’on se dise alors qu’on a été bien con de l’attendre. Ce gros bâtard.

J’ai donc souvent eu l’occasion de me confronter à ces deux choix que j’effectuais en fonction de différents facteurs: fatigue, météo, envie de pisser… Généralement je faisais mauvaise pioche. Et c’est en marchant d’un pas rageur que j’ai réalisé que cette situation s’appliquait à bien des domaines de ma vie. Ces carrefours où vous avez l’impression que peu importe où vous allez aller, ça va être la merde.

Je trouve, par exemple, que le dilemme de l’arrêt de bus s’applique particulièrement aux vies professionnelles et sentimentales.

Toutes ces fois où on a rêvé de se barrer. Jeter le tablier. Bras d’honneur. Au revoir Président. Columbine. La totale.

Alors quoi faire?

Me barrer, le regard fier, farouche, confiant en mon avenir sans toucher le chômage parce que j’aurai démissionné et me dire qu’en fait c’était pas franchement malin de faire le super guerrier parce que maintenant les entretiens s’enchaînent, se ressemblent et ne concluent pas?

Je pourrais également rester, attendre cette promotion, cette augmentation qui ne viendra jamais… J’avais déjà exprimé ce que j’en pense précédemment. Encore une impasse. Encore et toujours cette sensation pesante de participer à un acte sexuel où je ne serais pas consentant, luttant contre cette envie de me retourner avec ce regard de bête traquée qu’ont toutes ces connasses qui passent leur temps à mourir dans les 5 premières minutes d’un slasher movie.

Dilemme de l’arrêt de bus.

Ca, c’est moi. Après mon dernier entretien annuel.

 

Il y  a aussi le champ sentimental, il prend de la place donc, forcément, les possibilités sont nombreuses.

Combien d’entre vous se sont retrouvés en couple, dans cet instant dramatique où il va falloir prendre une décision.

Après tout ce temps, allez vous décider à repartir pour la prochaine quête? Laisser le confort d’une vie que vous connaissiez, que vous aimiez et à laquelle vous vous étiez habitué pour vous plongez dans l’inconnu? Repartir sur les voies du célibat. Retourner dans cet atmosphère de marivaudage. Le jeu de l’amour et du hasard ça va cinq minutes mais bon, le livre faisait 100 pages, on va pas se taper éternellement ces conneries. Mais ça, c’est si vous décidez de quitter la station. De partir à pied, au détour des rues, quitte à tomber sur des impasses. Quitte à voir le bus passer derrière vous…

Vous pouvez aussi décider de rester. Et, peut être, de vous rendre compte que tout pressé que vous étiez, vous avez pris le mauvais bus, mauvaise station à l’arrivée. On descend, on repart en arrière et on recommence. Vous pouvez également vous retrouver à constater que ce bus que vous attendiez n’est finalement pas arrivé et vous voilà en retard. L’heure tourne, la ménopause guette. Au final, on ne peut vraiment pas compter sur ces saloperies de transports.

Dilemme de l’arrêt de bus.

Evidemment comme je l’ai dit, je marchais d’un pas rageur. Je n’oublie pas toutes ces fois où mon bus est bien arrivé. Où le train était à l’heure. Je n’oublie pas tous ces moments où j’ai décidé d’y aller à pied. Et que la balade était belle. Beau soleil, bonne humeur. Je n’oublie pas tout ça.

C’est donc pendant que je marchais, que j’ai abouti à la conclusion que le « dilemme de l’arrêt de bus » ne représentait en fait rien de plus que tous ces bouts de vie par lesquels nous passons, ces choix perpétuels qui ne s’arrêteront qu’à l’heure où nous choisirons la maison de retraite ou l’euthanasie. C’est pendant que je marchais, de ce pas rageur, que je me suis dit surtout, qu’il fallait que j’arrête de réfléchir à des conneries quand je suis en retard et que j’attends le bus.

 
Triice, probablement en train de marcher à la prochaine station.

3 Réponses to “[Outrospection] Le dilemme de l’arrêt de bus.”

  1. Amethyslie 25 mars 2013 at 16 h 44 min #

    C’est le sourire aux lèvres que je te lis…
    La question est : faut-il avoir des remords ou des regrets?
    En ce qui me concerne, j’ai la réponse.

Trackbacks/Pingbacks

  1. Comment répare-t-on un coeur? Please RT | Triice, Chroniques d'un vagabond urbain - 24 juin 2013

    […] Tant d’erreurs de parcours. Combien de déviations? De dilemmes de l’arrêt de bus? […]

  2. [Ego-Strip][Outrospection] Comment répare-t-on un coeur? Please RT | The New Beat Generation - 24 juin 2013

    […] Tant d’erreurs de parcours. Combien de déviations? De dilemmes de l’arrêt de bus? […]

Laisser une réponse