[Ego-Strip]Mes mots, mes larmes

Je suis mal dans ma peau.

J’avais pourtant demandé un sur mesure mais hélas il m’arrive trop souvent de me sentir à l’étroit. Comme un CV où vous ne pouvez avoir d’autres qualifications que celles inscrites sur le papier. Je suis trop grand pour ma peau. Comme si j’étais plus que ce que je ne suis vraiment.

Et puis d’ailleurs.. Qui suis-je?

Je suis peut être le plus mal placé pour en parler. Je l’ignore moi même. Je suis une girouette par grand vent.
Plus le temps passe, plus j’ai l’impression d’être un mauvais acteur qui en plus n’aurait pas lu ses dialogues jusqu’au bout. Non pas parce que je ne sais pas tenir mon rôle. Que nenni. Je sais comment tout cela fonctionne. Je sais être drôle en société, souriant et sociable. D’une discussion agréable et variée. Doué de propos pertinents et même mon impertinence aura ce qu’il faut de bonnes manières pour donner l’impression que je ne dérange pas ou évite de mettre mal à l’aise. Je sais être l’ami attentif, à l’écoute et de bon conseil, qui a des phrases chocs et pertinentes. Des vannes premium qui appellent des tapes dans le dos. Je suis conscient de la dose de rebel attitude et d’attention à avoir avec sa copine. Soucieux de payer de temps en temps le restau mais pas trop parce qu’il faut qu’elle puisse se sentir indépendante. Suffisamment calin pour montrer une affection sans cesse renouvelée. Je sais être ce jeune cadre dynamique, qui apparaît motivé quand bien même je suis conscient que je fais de la merde. Avoir l’air concentré quand je passe en revue les 36 façons de mettre fin à sa vie professionnelle qui figureraient sur un improbable « Le suicide pour les nuls ». J’en passe. Et des pires.

Oui je connais mon rôle, mes partitions. Mais j’oublie. J’oublie de faire semblant.

J’ai la tête qui va éclater. Je me sens comme mes idées. Comme mes écrits. Brouillon. Fouillis. Incomplet. J’écris une lettre qui ne sera jamais affranchie. C’est ma bouteille à la Terre depuis une ile de bitume. J’ai le mal d’écrire. J’écris depuis une étoile morte. Je me perds, non, je suis perdu. De toute façon je ne vais nulle part.

Et puis d’ailleurs y a rien.

Avoir un taf. Le garder.
Trouver l’amour. Le garder.
Les garder. Regretter.

Regarder les jours défiler et se ressembler. Les meubler. Croiser du monde. Rire avec eux. Les laisser. Oublier. Suis-je le seul à me dire  » A quoi ça sert? « .

Métro, boulot, sexto.

Et puis d’ailleurs, y a rien.

Tous occupés à tenir leur rôle. Tout le monde bien à sa place. Même le cynique a la sienne. Etre unique est à la mode alors prends la case à côté de ton voisin, elle a été faite rien que pour toi. J’aime les femmes uniques. Comme tout le monde. Surtout celles qui n’ont pas la même paire de Louboutin… Je constate. Je ne me bats pas. Je n’ai pas appris à le faire, on m’a dit qu’on s’occupait de tout pour moi. Je n’ai pas de but. D’aspirations. Je fais ce pour quoi je suis payé tout en me disant « Ce soir, je bois ». Est ce que demain j’arriverai encore à sourire et à faire l’air de rien?

Tu fermes les yeux. Tu les rouvres. C’est reparti.

Comme je disais, y a rien.

Tout le monde cherche l’amour. C’est ce que se répètent souvent certains de mes amis, le gland dans la bouche d’une Gwendoline d’un soir. Chacun sa méthode. Je ne veux juste pas être seul. L’ennui, c’est long tout seul. Je l’ai déjà dit, je n’aimerais pas être le dernier à la table.
A chaque jour suffit sa peine, voilà pourquoi le calendrier me fait flipper.

Le temps efface les liens. Certains, qu’on a cru aimer disparaissent comme le sable d’un tamis. Mais bon, c’est rien.

On s’occupe. On passe le temps. Parfois assez bien pour se donner l’impression qu’on mène une vie bien remplie. On s’en fout, l’important est de rester occupé. Je m’active comme une fourmi, regarde les heures défiler.

Je ne suis pas différent, quand bien même je le voudrais, de vous, que je croiserai demain. Visages anonymes et pourtant reflets de mon propre miroir.
Mon courage et ma volonté ne sont que des illusions, des images à la surface d’une mer de doutes et d’indécision qu’un caillou de réalité aura vite fait de troubler.

Un jour on m’a fait remarquer que j’étais maintenant trop grand pour pleurer et qu’il n’y avait personne pour nous écouter.
Alors je souris.
Pour le reste? Je préfère laisser l’encre que les larmes couler.
Je m’écris.

2 Réponses to “[Ego-Strip]Mes mots, mes larmes”

  1. Ted Mosby 7 décembre 2011 at 14 h 46 min #

    propre.

    J’me reconnait parfaitement la dedans. Bien que je pense être un peu plus jeune.

  2. Ledock 7 décembre 2011 at 20 h 21 min #

    J’ai toujours su qu’il y’avait quelque chose de pourrave dans l’existence. Quand j’étais en première mes amis et moi on se glaussait à l’évocation du « spleen » de Baudelaire.

    On passait notre temps à se dire c’est la misère. On regardait le monde de haut et on se permettait de lui cracher dessus et de cracher sur les autres. Tous pourris qu’on disait. Même nous. Surtout nous.

    Au fond on espérait tous des lendemains qui chantent. On était des boloss naïfs. Maintenant on est des boloss tout court.

    Tu mènes ta vie tranquille, tu payes tes factures et tu vas au bistrot de temps en temps comme pour évacuer le malaise. Pourtant ça n’a pas changé, tu sens toujours quelque chose de pourrave dans l’existence. Quoi ?

    Triice te jette ça aux visage dans sa prose poétique. Cet enfoiré a mis les mots sur des maux que ton cortex cérébral n’a même pas commmencé à appréhender. Merde.

    Je me dis que l’ego strip a pris un tournant bien dangereux pour nous pondre un ovni. Un article qui te prend par les tripes et qui te serre à la gorge.
    Peut être que c’est le meilleur article des beaterz après tout.

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