[Outrospection] Qui sera le dernier à la table?

L’un de mes derniers articles  » Ce que veulent les hommes… » m’a fait prendre conscience que toutes mes pérégrinations m’avaient permis d’observer un grand nombre de personnes autour de moi. Des proches, comme des inconnus. Au contraire de mes introspections mises à nu, mes Ego-Strip, j’avais envie de partager mes observations sur le comportement de chacun. Bienvenue dans mon cirque, profitez de mes nouvelles attractions, vous en êtes le centre. Faites place aux Outrospections.

J’ai connu des femmes.

Je pense que c’est un bon point de départ. J’ai connu de bons moments, des rires, des joies, tous ces moments heureux qui nous rappellent qu’en fait c’est pas mal d’avoir quelqu’un à ses côtés. J’ai conjugué le verbe « aimer » à toutes ses formes, tous ses temps. C’est sympa, au début.

Il faut savoir que selon moi, l’amour est une chose qui se vit pleinement. Je conçois mal l’amour platonique, l’amour « bise sur la joue », tout calme, équilibré. Si mon palpitant affiche un électrocardiogramme plat, ça ne m’intéresse pas. Or, c’est souvent quand l’amour est vécu trop intensément que le drame se profile le plus précisément… Je vis mes amours comme Achille, avec passion et panache. J’en obtiens des instants exceptionnels. Des souvenirs à chérir. Entre chaque larme,  pleur, cri. « J’ai souvent cherché la merde, je l’ai toujours trouvée… »

Rien ne dure, pas même les dictateurs. Alors l’amour, cet élément volatile? Il se consume à toute vitesse, avec force. Par définition, les histoires d’amour finissent mal. Si ce n’est pas le cas c’est souvent que les sentiments ne sont déjà plus là. Alors oui, je me suis déjà brûlé et comme l’oiseau de légende plusieurs fois j’ai du renaître de mes cendres. En pensant ne plus jamais aimer de la façon dont je venais d’aimer, le coeur encore ébouillanté. Puis je replonge, comme le cancre au fond de la classe qui s’obstine à ne pas retenir ses leçons.

Peut être est-ce parce que, comme beaucoup d’entre nous, j’oublie. Petit à petit les souvenirs ne sont plus que des souvenirs, sans autre marque de sentiment contenu à l’intérieur, comme des traces de pas dont les empreintes s’effaceraient jour après jour. A la fin on n’est plus dérangé par un éventuel résidu de boue, on se souvient simplement que quelqu’un est passé par là.

Pourtant les histoires d’amour finissent mal. Je me le suis dit quand j’ai fui l’appart d’une ex un 14 février. Après, je vous le donne en mille: des larmes, des pleurs, des cris.

Comme tout vagabond urbain j’ai pu constater autour de moi la valse incessante des couples qui se font et se défont à  la vitesse d’une saison de secret story. D’abord les bisous fous d’amour en public, les regards béats et le passage en mode « anonyme » des camarades de galère. Puis les remarques acerbes commencent avec la résurgence de ces derniers. Jusqu’au jour où ces mêmes anciens camarades de galère deviennent les nouveaux squatteurs de votre emploi du temps et de forfait téléphonique. Attention! Je ne dis pas que c’est une fatalité, c’est ce qui fait la beauté des choses en même temps. Parfois il y’en a un, puis deux, surtout à nos âges, qui se rangent. Prennent un appart. Se livrent à un retrait de leurs organes génitaux du domaine public… Se marient quoi!Mais comme diraient certains de mes amis parfois: « Ah gars, c’est pas toujours évident! » Et c’est tout. Pour le moment.

Il est amusant de constater que les vendredis ont changé. Elles se font rares les soirées complètement irresponsables. Soirées qui se terminaient généralement bien après le dernier train ou métro, aussi en retard soit il.
Elles sont rares les soirées dans des états d’alcoolémie ayant dépassés le statut de déraisonnable pour rentrer dans  celui du « à ce niveau là c’est une maladie! ». Maintenant il faut annoncer la durée de la réunion pour ne pas louper le deuxième film du soir avec sa chérie et peut être même, qui sait, avec de la chance, avoir l’occasion de savoir qui a tué Jack Bauer ou Phoebe Halliwell à la fin du premier.

Peut être est ce ainsi que doivent finir tous les Vagabonds Urbains. La corde au cou, suicide de leur vie sociale alcoolique, inconsciente et avare en heures de sommeil. Ou alors, de moins en moins nombreux à leur réunion hebdomaire chez leur fournisseur de boissons fortes agréées. Comme tout le monde le sait, à la fin il ne peut en rester qu’un.

Pour l’instant j’ai un coude qui n’a pas encore eu le temps de rouiller. Mais autour de moi les victimes se multiplient. Je n’ai certes pas encore bu ma dernière bière mais il se pourrait que le bar ferme bientôt. C’est une réflexion que je me fais parfois quand je constate, en présence de mes amis, que ça faisait déjà deux mois qu’on ne s’était pas rassemblé autour d’une boisson lactée avec la permission de minuit.

Comme beaucoup, j’ai pu constater l’engouement pour le fait d’être à deux dernièrement, pendant la Saint Valentin. Les cinémas et les Mcdos n’ont pas désempli. J’ai constaté comme beaucoup cette frénésie ponctuelle pour les coeurs rouges, les bougies et les strings bonbons.

Alors quelle conclusion apporter à cette chronique? Ben il y’en a pas vraiment. Tout ce qui a trait à des sentiments humains assez forts pour être soustrait à l’attraction de cocktails savamment préparés ou tout du moins de breuvage à plus de 40° est trop imprévisible pour se risquer à placer dessus une conclusion. En attendant je savoure mes bières comme si c’étaient les dernières, histoire d’être prêt à partir avant d’être le dernier.

 

Triice, parti se resservir.

9 Réponses to “[Outrospection] Qui sera le dernier à la table?”

  1. 2fizzle 2 mars 2011 at 9 h 33 min #

    « Je ne dirais jamais je t’aime mais je te valide » 2.0

    Tu as poussé la réflexion plus loin à ce que je me suis arrêté, et tu peux pas savoir à quel point je suis impressionné par ta plume.

    Tu m’avais dis que tu sentais que tu t’améliorer au fil des livraisons de notre crack littéraire, je pense que t’es en dessous de la vérité.

    Que de vérités, mais surtout de « non-dits »…

    Pour conclure ce commentaire plein d’enthousiasme : ne pas oublier qu’il reste toujours la possibilité d’ouvrir « un bar des copains »…

  2. Lynn 2 mars 2011 at 13 h 35 min #

    Très bel article. Qui m’a personnellement laissé un arrière-goût amer et fataliste, accompagné d’un petit serrement au coeur…
    Parce que c’est vrai ce que tu dis: à la fin, il n’en restera qu’un… et ce sera probablement moi, alcoolisée, lubrique, en quête d’une bonne bit(ure) 😉
    Mais seule avec mes douze chats !!

    J’ai aimé cet article, j’y ai senti tes tripes, du début à la fin, c’est bien écrit et c’est intense.

  3. Magnus 2 mars 2011 at 16 h 28 min #

    Je partage les deux commentaires précédents, j’ajouterai juste qu’effectivement, la plume s’affine, se peaufine, devient plus tranchante et profondément et authentiquement toi. On sent ton être et ton âme s’émanciper au travers de ta plume, l’expression réelle de tes émotions et de ton ressenti.

    Je complèterai par la suite avec un commentaire sur le contenu du texte.

    Mais c’est beau, c’est pur, c’est authentique. Je ne dis pas « je valide », je dis « j’aime. »

  4. Thomas 7 mars 2011 at 0 h 55 min #

    Pour continuer dans la litanie des louanges, je qualifierai bien cet article de meilleur en date. Du vécu du début à la fin, c’est honnête et juste, bravo. Je vais me resservir un sky coke…

  5. Klervi 8 mars 2011 at 22 h 32 min #

    J’aime bien tes réflexions…
    Celle-ci particulièrement.

  6. C-KEL 17 mars 2011 at 11 h 31 min #

    Bon je viens de lire ton article…. et je n’ai qu’ une seule chose à dire: AMEN.
    Tout a été dit dans les faits que tu rapportes. J’aime je valide  » je te booste  » dans le langage urbain, (restons dans le théme de ce blog quand même).
    De loin le meilleur article que tu aies fait, simplement car toute la vérité, la sincérité, la justesse de tes propos ainsi que les constats détèctés dans tes paroles, le rend authentique et émouvant.

    Tu sais déjà ce que j’en pense.

    Il ne pourra en rester qu’un…

  7. amethyslie 21 mars 2011 at 14 h 14 min #

    Je ne te complimenterai pas sur ta plume, d’autres l’ont très bien fait avant moi et il ne faudrait pas que tu chopes le melon 😉
    Reconnaître des moments de sa petite vie ici, on est tous les mêmes!

  8. Astico24 19 mai 2011 at 16 h 15 min #

    Pour faire original, une plume si fine et si tranchante parfois… je suis sincèrement épaté.

    Tkt moi aussi j’en ai passer du temps au bar avec les potes, et j’espère en passer encore (a bon entendeur bien sur). Une chose est sur je garderais toujours une bouteille de vodka sous le coude ca peut servir 🙂

    Continu comme ca!!!

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  1. Comment répare-t-on un coeur? Please RT | Triice, Chroniques d'un vagabond urbain - 24 juin 2013

    […] Pour constater que je suis toujours aussi mauvais  et je me redemande si je ne serai pas le dernier à la table au […]

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