[Ego-Strip] Ménage de printemps

A un moment écrire n’a plus été drôle, alors j’ai arrêté.
Ce qui avait été pendant un temps un exutoire agréable me donnait maintenant l’impression d’en être au dernier stade d’une relation consommée et mourante. Ce sentiment que vous avez quand, pendant un instant d’intimité, vous vous rendez compte que vous ne ressentez plus rien. Plus que de pauvres va-et-vient mécaniques en évitant tout contact visuel. Alors,  oui, il y aura probablement éjaculation, malheureusement moins le fruit d’une explosion que d’un “floc” dégueulasse.

Peut-être était-ce la faute d’un quotidien vidé de sa magie. Non pas que l’emploi du temps se soit moins rempli, au contraire, le temps manque pour tout faire. Enchaînement dynamique de jours, de weekends se comptant vite en années. Forcément, j’ai perdu voire abandonné quelques rêves en chemin. Toujours tête en l’air, je les ai négligés. Et la somme des échecs semble être trop importante pour être remboursée, je pense que j’ai fini par me mettre dans le rouge.
Mais la vie aime jouer des tours, il arrive que les choses s’emballent et il faut savoir se laisser porter.

Quatre ans déjà.
C’est fou ce que le temps passe vite. L’avantage d’une histoire c’est que le temps n’importe plus. Il est possible de résumer une longue période en quelques paragraphes, en un instant. Je pense qu’un retour en arrière s’impose. Il est temps de reprendre l’exercice, j’ai encore la plume endormie et le mot engourdi.

Si l’arrivée dans la trentaine s’est traduite par une certaine euphorie, l’année d’après fut celle de la gueule de bois. Encore défoncé de la veille, j’ai essayé de faire le point. J’ai flippé.

Ça a commencé par une gifle sentimentale de derrière les fagots, un vrai retour de flamme, le karma qui me disait « Cheh » après une décade de la vingtaine faite de saloperies et d’impunité. Remise en question. Survie sexuelle, branlette. Le lot habituel.

Et y a les potes. Les potes qui font les gorges chaudes de tes mésaventures pendant que tu pleures sous la douche. C’est aussi ceux qu’on appelle, qu’on voit autour d’un verre. Pour un anniversaire, une crémaillère. Les rires, les pleurs. Comme je disais, le lot habituel.

Et enfin, c’est la relance. Les faits de gloire. La confiance revient, le coït se fait plus régulier et avant de comprendre ce qui se passe, voilà que c’est reparti: cœur, amour, soixante-neuf, bisous-bisous….Sauf que ça ne le fait pas non plus finalement, mais là se règle plus vite, le temps commence à manquer, plus le temps pour ces conneries. Si l’alcool me fait grossir, la rupture est le meilleur des régimes.

Ma nature pygophile a toujours rendu les séparations doublement douloureuses. Dire au revoir à une potentielle femme de ma vie est certes difficile mais les adieux à un cul que vous avez appris à aimer sont saisissants… Vous l’avez choyé, vous avez pris du temps pour l’apprivoiser. Vous étiez le Petit Prince et son renard. A chacun son champ de blés.

Et pendant ce temps, la trentaine est passée et les potes annoncent à tour de rôle qu’ils vont devenir papa ou qu’ils veulent investir dans la pierre, c’est solide la pierre. Tout le monde est dans des plans avec échéancier sur 20 ans pendant qu’à côté tu essaies tant bien que mal de planifier tes prochaines vacances.

Et Les impôts… La douille. La diète. Les pâtes.

Je me suis toujours vu comme pratiquant le capitalisme d’opportunité. Je n’ai jamais couru après les thunes, je ne pense pas vivre assez vieux pour que cela devienne rentable,mais bon, en être pourvu permet de limiter considérablement le nombre de personnes capables de vous malaxer les parties de manière trop appuyée. Je ressens bien mieux le bonheur avec un compte créditeur et le verre plein que l’inverse. J’suis pas Bouddha, j’suis pas Jésus. En attendant, le verre était vide. Il a fallu s’occuper de ce paramètre. Vie professionnelle et bien être financier étant souvent liés, il a fallu faire évoluer ma chaise de bureau vers d’autres openspaces, j’avais remboursé mon prêt trop longtemps pour l’investir tout de suite après dans la conception et l’éducation d’enfants ingrats.

Je ne suis pas forcément plus passionné par mon travail aujourd’hui, mais au moins j’ai un salaire qui me pousse au moins à faire semblant de l’être.  Status quo. Je continue d’espérer un changement de la législation française. Gérer un bordel ne serait après tout que l’extension de mon quotidien.

Entre une politique d’austérité d’un côté et des amours sous appareil respiratoires de l’autre, j’ai pensé un moment que la rédemption viendrait de l’extérieur. Mais comment est-on censé se sentir, je vous le demande, quand c’est un de vos meilleurs potes, qui décide de rompre avec vous. Par texto. Ça vous brise un homme ce genre de connerie.
Des situations suffisamment baisées pour rappeler vos plus belles scènes de film indépendant, entre filtre Instagram et folk electro chill.
Les événements propres à mes choix de vie m’ont éloigné de ceux qui, jusque là, étaient à mes côtés dans ma découverte aventureuse du quotidien et ses pièges. À avoir des compagnons de route pendant trop longtemps on tend à croire qu’ils se rendent au même endroit que nous. Qui sait, on se croisera peut être plus tard sur la route.

Sur les cinq points qui dirigent ma vie, j’ai eu une période où, si tout n’allait pas mal, rien n’allait vraiment bien. Les amours? Fanées. Les finances? Séchées. Le pro? A améliorer. La vie sociale? Éreintée. Autant dire que je me suis senti dépassé par les événements un triste nombre de fois.
Obligé de me supporter, il a bien fallu que je trouve un terrain d’entente avec moi-même. La solution ne pouvait, et n’est venue que du dernier point. Moi.

Et c’est là qu’il est bon de savoir placer un mot plutôt qu’un autre. L’abus de certains champs lexicaux auraient vite fait de me placer dans la peau d’un coach de vie à la con. Ce qui serait d’une imbécillité profonde de ma part quand on sait que je gère plus souvent la mienne à coup de chifoumis que de solutions réfléchies.

Pendant quelques temps, je me suis demandé si je ne m’étais pas trompé sur le parcours de ma vie. Avais-je quitté la mauvaise ex? Peut être aurais-je dû être plus assidu en cours ou avais-je même pris la bonne voie professionnellement? Et si je brûlais ma carte bancaire, est ce que j’arrêterais de la sortir dès que je suis saoul? Fallait-il que j’arrête de me comporter comme je l’avais fait jusqu’alors pour me rendre plus facile à vivre et/ou à supporter? Qu’avais je fait de mes rêves, de mes ambitions ou de mes passions?

Tellement de questions, alors que je n’avais pas que ça à foutre.

Puis je me suis souvenu.

On s’en bat les couilles, frère. Vu mes excès j’en suis probablement à la moitié, et je suis optimiste,  au compteur de mon espérance de vie. Faire demi-tour? Trop long. La seule chose qui compte au fond c’est de profiter un peu. En attendant, je fais comme la plupart autour de moi. J’galère.

Certains diront que j’ai la tête encombrée, je les rejoins sans forcer, et il était temps de se débarrasser de ces amas de mots que je laissais s’accumuler inutilement depuis quelque temps. Irrégulier de nature, je serai probablement distrait à mi-chemin et oublierai ce que je faisais mais pour l’instant je suis motivé. Encore une fois en retard, je m’y mets. Je fais mon ménage de printemps.

Triice, en gants et chiffons.

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Pour l instant...rien.

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